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Et en plus, ça rime ! Les règles de la poésie française

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Jakady
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Et en plus, ça rime ! Les règles de la poésie française

Message par Jakady le Jeu 10 Mai - 0:07

Et en plus, ça rime ! Les règles de la poésie française



Que l'on s'en serve pour quadridécapoder,
Pour plaire à l'être aimé, ou pour faire rêver,
La noble Poésie accueille à bras ouverts
Quiconque appréciant la beauté de ses vers.
Cette grande beauté ne ravit les esthètes
Que car la Poésie impose à ses poètes
De respecter ses règles, et respecter son code.
Si tu veux composer, apprends avec méthode.
Apprends en premier lieu à parfaire tes rimes,
À bien les agencer, pour les rendre sublimes ;
Puis intéresse-toi à la prononciation
Pour déclamer tes vers sans une hésitation.
Aujourd'hui, place à un peu de poésie dans ce monde de brutes. Car, même s'il n'est plus guère à la mode auprès des écrivains, le sixième art subsiste encore et toujours (1). Je tiens à préciser que je n'aborderai ici que la poésie française classique, c'est-à-dire la plus courante chez nous (2).
Penchons-nous tout d'abord sur la rime : comme vous le savez, la rime consiste en une répétition de sons à la fin d'un vers. Il existe trois types de rimes :

· la rime plate, de la forme AABB :
Ce siècle avait deux ans ! Rome remplaçait Sparte,
Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte,
Et du premier consul, déjà, par maint endroit,
Le front de l'empereur brisait le masque étroit.
— Hugo, Les feuilles d'automne, Ce siècle avait deux ans

· la rime croisée, de la forme ABAB :
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
— Rimbaud, Poésies, Le dormeur du val

· la rime embrassée, de la forme ABBA :
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.
— La Fontaine, Fables, La grenouille et le bœuf
De plus, comme vous pouvez vous en douter, plus ça rime, mieux c'est. On définit alors trois types de rimes :

· la rime riche, qui rime sur au moins trois sons :
Dans le vieux parc solitaire et glacé,
Deux formes ont tout à l'heure passé.
— Verlaine, Les Fêtes Galantes, Colloque Sentimental

· la rime suffisante, qui rime sur deux sons :
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.
— ibid.

· la rime pauvre, qui rime sur un son. Attention, il n'est pas possible de faire des rimes pauvres avec autre chose que des sons voyelliques : si château et rideau riment à l'oreille de façon immédiate ; pour pâtes et frites, c'est moins évident. Par ailleurs, les poètes évitent tout court de s'en servir.

Citons également les holorimes, qui sont des vers qui riment… intégralement :
Saoul, l'heureux gars Raimu descend, pas sans dangers,
Sous le regard ému des cent passants d'Angers.

— Prévert

Enfin, mentionnons pour les puristes que les vers ont également un genre et un nombre : un vers finissant par -e, -es, -ent sont des vers dits féminins, les autres masculins. Les vers finissant par un -s sont dits pluriels, les autres singuliers. Et – c'est là que ça se corse – on ne doit faire rimer un vers qu'avec un vers de même type, et alterner les rimes féminines (plurielles ou non) avec les rimes masculines (3).

Penchons-nous maintenant sur la prononciation. En règle générale, c'est très simple : il suffit de lire le poème comme l'on parlerait. Cependant, le français ne serait pas le français s'il n'y avait pas d'exception. Ainsi, pour les mots se finissant par -e, -es ou -ent, et qui d'habitude ne se prononcent pas à l'oral :

· si le e est placé avant un mot commençant par une voyelle ou à la fin d'un vers, il ne se prononce pas ;

· s'il est placé avant un mot commençant par une consonne, il se prononce, et compte comme une syllabe.

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ?

— Racine, Andromaque

Ici, « sifflent » compte pour deux syllabes ; « têtes » pour une seule.

Enfin, signalons la diérèse, figure de style qui permet de mettre l'emphase sur un mot en prononçant deux voyelles consécutives comme autant de syllabes. Ainsi, dans l'exemple suivant :

Car enfin n'attends point de mon affection
De lâches sentiments pour ta punition.

— Corneille, Le Cid

On prononce « affect-i-on » et « punit-i-on ». Accessoirement, la diérèse peut permettre de transformer son vers de onze syllabes boiteux en un noble alexandrin, le tout en invoquant simplement la licence poétique. Si c'est pas beau, ça…


1. (1) ↑ Ce n'est pas une certaine saga médiévalo-rôlistico-fantastique mp3 qui me contredira…
2. (2) ↑ Par ailleurs, cette forme classique est également employée par le théâtre classique, c'est pourquoi vous verrez quelques extraits de tragédies.
3. (3) ↑ Exemple ? On peut faire liste/endroit/piste/détroit (rimes croisées), mais pas listes/endroit/piste/détroit. Au pire, personne ne vous en voudra si vous ne respectez pas cette règle.



à suivre...





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Re: Et en plus, ça rime ! Les règles de la poésie française

Message par Jakady le Mer 16 Mai - 0:58

Il te reste à présent à choisir la métrique
Qui rendra ton poème à tous les coups unique,
Ainsi que la structure ayant ta préférence
Pour enfin composer comme il se fait en France.

Continuons cette série avec les vers : en règle générale, tous les vers d'un poème doivent avoir le même nombre de syllabes(1). Cependant, toutes les longueurs n'offrent pas le même rythme, je vous invite pour le constater à lire les Djinns, de Victor Hugo. On distingue trois principaux types de vers :

· l'hexasyllabe (six syllabes), qui induit un rythme rapide ;

· l'octosyllabe (huit syllabes), plus léger et moins pompeux que l'alexandrin ;

· l'alexandrin (douze syllabes), qui est le vers le plus utilisé en poésie classique et que Hugo disait être le plus proche du langage parlé.

Développons plus avant le concept d'alexandrin : il doit(2) comporter une césure à l'hémistiche, autrement dit il est composé de deux hexasyllabes, qui peuvent être séparés à la lecture par une légère pause :
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
— Rimbaud, Poésies, Voyelles
Ici, l'alexandrin peut être séparé en Je dirai quelque jour et vos naissances latentes, et la prononciation peut le faire ressentir.

Cependant, le choix de la métrique reste entièrement le vôtre : Verlaine préconisait

De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

— Verlaine, Jadis et Naguère, Art Poétique

Alors que d'autres préféraient l'hexasyllabe, l'alexandrin… Disons simplement que l'alexandrin fait partie de l'archétype du poème classique.

Abordons maintenant la structure d'un poème. Là encore, vous avez la liberté la plus totale, mais voici deux classiques.

· Le poème en quatrains, où un quatrain désigne une strophe (un paragraphe) de quatre vers(3). Le quatrain est la strophe la plus utilisée de la poésie française. Par ailleurs, une formule classique consiste à faire des poèmes de quatre quatrains, mais si le cœur vous en dit, libre à vous de dépasser ce nombre ou d'arrêter avant.

· Le sonnet, composé dans cet ordre de deux quatrains et de deux tercets. Les types de rimes sont codifiés, c'est pour cela qu'il existe plusieurs types de sonnets. Je n'en ferai pas la liste, vous pouvez les trouver sur Wikipédia. Traditionnellement, le dernier tercet sert de chute au poème, et occupe ainsi un rôle clé.

Enfin, pour conclure, rappelez-vous que ces règles sont celles de la poésie classique française, pas celles de la poésie. Vous êtes donc complètement libre de faire de petits poèmes en prose (sans vers ni rime), mais tout le monde n'est pas Baudelaire(4).


1. (1) ↑ Il existe bien sûr des exceptions, comme par exemple certains vers de fin de strophe qui indiquent une chute brutale.
2. (2) ↑ Enfin, c'est un bien grand mot… Hugo a également préféré une structure 4/4/4 plutôt que 6/6 pour ses alexandrins, tandis que d'autres ont carrément négligé cette césure. Disons qu'un poème classique typique possède la césure.
3. (3) ↑ Les strophes ont des noms particuliers en fonction de leur nombre de vers : il y a le distique (2 vers) ; le tercet (3 vers) ; le quatrain (4 vers) ; le quintil (5 vers) ; etc. Cependant, les plus usitées restent les trois premières. Par ailleurs, un poème peut tout à fait ne posséder qu'une strophe longue de plusieurs dizaines de vers.
4. (4) ↑ Comprendre : là où ce qu'écrit Baudelaire en prose est instantanément accueilli comme un nouveau poème, il vous faudra user de plus de conviction pour prouver qu'il en est de même de votre œuvre, tout ça parce qu'il s'appelle Baudelaire et pas vous. Oui, le monde est cruel.





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